Guide, section 1
Comment fonctionne une opération de change
Acheter EUR/USD, c'est acheter des euros et vendre des dollars dans le même mouvement. Tout le reste découle de cette symétrie : la lecture du cours, le calcul du gain, le rôle de la marge.
Lire une paire
Dans une paire, la première devise est dite de base, la seconde de contrepartie. Le cours indique combien d'unités de la devise de contrepartie il faut pour obtenir une unité de la devise de base. Un EUR/USD à 1,0850 signifie qu'un euro vaut 1,0850 dollar.
Acheter la paire revient donc à parier sur la hausse de la devise de base contre la seconde. La vendre revient au pari inverse. Cette possibilité de se positionner à la baisse aussi simplement qu'à la hausse est une différence notable avec l'achat d'actions au comptant.
Le pip
Le pip désigne le dernier chiffre significatif de la cotation usuelle, c'est-à-dire le plus petit pas de variation historiquement retenu. Sur la plupart des paires, il vaut 0,0001. Sur les paires libellées en yen, il vaut 0,01, le yen étant coté avec deux décimales.
Les plateformes affichent aujourd'hui une décimale supplémentaire, appelée pipette ou dixième de pip. Un EUR/USD coté 1,08503 se lit donc comme 1,0850 et trois dixièmes.
Valeur d'un pip
La valeur monétaire d'un pip dépend de la taille de la position, pas du solde du compte. Sur une position de 10 000 unités de la devise de base d'une paire cotée en dollars, un pip vaut 10 000 × 0,0001 = 1 dollar. Sur 100 000 unités, il vaut 10 dollars.
Si votre compte est libellé dans une autre devise que celle de contrepartie, il faut ensuite convertir. Le calculateur de valeur du pip fait cette conversion.
Les tailles de position portent des noms conventionnels : le lot standard vaut 100 000 unités, le mini-lot 10 000, le micro-lot 1 000. Beaucoup d'intermédiaires acceptent aujourd'hui des tailles libres, ce qui rend ces catégories moins structurantes qu'autrefois.
Prix acheteur, prix vendeur, écart
Deux prix sont affichés en permanence. Le bid est le prix auquel votre contrepartie vous achète la paire, donc celui auquel vous vendez. L'ask est le prix auquel elle vous la vend, donc celui auquel vous achetez. L'écart entre les deux, le spread, constitue le coût immédiat de l'aller-retour.
Ce vocabulaire mérite une précision que les textes anciens brouillent souvent : le cambiste est l'opérateur qui traite le change à titre professionnel, généralement au sein d'une banque. Le courtier, ou broker, est l'intermédiaire qui vous donne accès au marché. Le spread rémunère le second, pas le premier.
Prenons un EUR/USD affiché 1,08540 / 1,08552, soit 1,2 pip d'écart. Vous achetez à 1,08552. Au moment même où la position s'ouvre, elle est virtuellement perdante de 1,2 pip, puisqu'une revente immédiate se ferait à 1,08540. Il faut que le marché progresse d'au moins autant pour revenir à l'équilibre.
| Étape | Cours | Effet |
|---|---|---|
| Achat | 1,08552 | Exécution au prix vendeur |
| Revente | 1,08652 | Exécution au prix acheteur |
| Écart parcouru | + 10,0 pips | Soit 100 dollars bruts |
| Coût du spread | 1,2 pip | Déjà déduit du résultat affiché |
Exemple illustratif. Les spreads réels varient selon la paire, l'intermédiaire, la taille de l'ordre et l'heure de la séance.
Marge et effet de levier
Ouvrir une position de 100 000 euros sans immobiliser 100 000 euros : c'est ce que permet le mécanisme de la marge. Le courtier bloque une fraction du nominal en garantie et vous laisse traiter le reste. Le rapport entre le nominal et cette fraction est l'effet de levier.
Avec un levier de 30 pour 1, une position de 100 000 euros mobilise 3 333 euros de marge. Les gains et les pertes portent bien sur les 100 000 euros. Un mouvement de 1 % efface donc un tiers de la somme immobilisée. C'est exactement là que réside le danger de ces produits : le levier n'augmente pas les chances de gain, il augmente l'amplitude du résultat dans les deux sens.
Ce qui a changé depuis 2018
Les textes des années 2000 évoquaient couramment des leviers de 100 ou 200 pour 1. Ils sont interdits pour les particuliers dans l'Union européenne depuis les mesures de l'Autorité européenne des marchés financiers, entrées en vigueur en 2018 et reprises depuis dans le droit national. Un courtier régulé en Europe qui proposerait aujourd'hui 1:400 à un client de détail serait en infraction.
| Sous-jacent | Levier maximal | Marge |
|---|---|---|
| Paires de devises majeures | 30 : 1 | 3,33 % |
| Paires non majeures, indices majeurs, or | 20 : 1 | 5 % |
| Matières premières hors or, indices non majeurs | 10 : 1 | 10 % |
| Actions | 5 : 1 | 20 % |
| Crypto-actifs | 2 : 1 | 50 % |
Le détail des protections associées figure sur la page Réglementation.
Appel de marge et clôture automatique
Tant que la position est ouverte, sa perte latente s'impute sur le capital disponible. Lorsque les fonds propres du compte tombent sous la moitié de la marge requise pour l'ensemble des positions, l'intermédiaire est tenu de clôturer. Cette règle des 50 % existe pour éviter qu'un compte ne s'enfonce indéfiniment.
Elle se double, pour les clients de détail, d'une protection contre le solde négatif : la perte ne peut excéder les sommes déposées. Cette protection a été instaurée après le décrochage du franc suisse du 15 janvier 2015, qui avait laissé des particuliers débiteurs envers leur courtier et mis plusieurs établissements en difficulté.
Les trois coûts d'une position
- Le spread, supporté à l'ouverture. Fixe chez certains intermédiaires, variable selon la liquidité chez d'autres.
- La commission, chez les courtiers qui affichent des écarts très serrés et se rémunèrent séparément, souvent au volume traité.
- Le financement au jour le jour, aussi appelé swap ou roll. Une position conservée après la clôture new-yorkaise donne lieu à un ajustement lié à l'écart de taux d'intérêt entre les deux devises. Il peut être négatif ou positif selon le sens de la position, mais il est le plus souvent défavorable une fois la marge de l'intermédiaire appliquée.
Pour une position tenue quelques minutes, seul le premier coût compte. Pour une position tenue plusieurs semaines, le troisième devient déterminant et se compare mal à un simple frais de courtage.
La suite logique de cette page porte sur les types d'ordres, qui permettent d'agir sur le marché sans le surveiller en continu.